La fête de la Saint-Jean-Baptiste est dans la Canada français une fête importante. Elle est d’ailleurs devenue la fête nationale de tous les canadiens français du Québec et des autres provinces canadiennes.
Lors de cette fête, on se rappelle les racines de notre vie collective et les racines de notre foi. On se rappelle tous les gens qui ont marqué notre histoire collective. Pour les chrétiens, cette fête a d’autant plus de valeur qu’il s’agit de se rappeler aussi ce grand prophète qui a annoncé la venue de notre Seigneur. Aujourd’hui, la prière de l’Église nous propose cette réflexion (Homélie de S. Augustin pour la nativité de Jean Baptiste)
Oui, notre foi nous vient du Seigneur. Nous avons été baptisés dans la foi de nos parents. Ils se sont engagés dès notre baptême à nous éduquer dans la foi catholique. Au début de la célébration les parents, parrains et marraines s’y engagent déjà :
Le prêtre (à tous les parents) :
Vous demandez le baptême pour votre enfant. Vous devrez l’éduquer dans la foi, et lui apprendre à garder les commandements, pour qu’il (elle) aime Dieu et son prochain comme le Christ nous l’a enseigné.Êtes-vous bien conscients de cela ?
Les parents (ensemble) :
Oui, nous le sommes.Le prêtre (à tous les parrains et marraines) :
Et vous, qui avez accepté d’être parrain et marraine de N., vous qui avez été baptisé et confirmé, vous devrez aider ses parents à exercer leur responsabilité au niveau de la foi chrétienne, catholique. Êtes-vous disposés à le faire?Les parrains et les marraines (à tour de rôle) :
Oui, nous le sommes.
Oui, nos parents se sont engagés le jour de notre baptême à nous éduquer dans la foi catholique. Et, avant cela, le jour de leur mariage, ils se sont aussi engagés devant Dieu et les personnes présentes à éduquer leurs enfants en cette même foi. « Au jour de votre mariage, vous allez choisir de donner la vie et d’accueillir dans l’amour les enfants qui naîtront de votre union. Avec votre époux (se), vous les éduquerez humainement et chrétiennement, au meilleur de vous-même. Vous vivrez alors entre vous et avec vos enfants, cette unité de la famille. « Que tous soient un, Père, comme toi et moi, nous sommes un ». La famille, c’est la première cellule d’évangélisation, c’est « une église domestique » comme le disait Jean-Paul II.
Le droit de choisir l’éducation de leurs enfants revenait aux parents. Je dis bien « revenait ». En effet, dès le mois de septembre, les enfants devront suivre obligatoirement un nouveau cours de culture religieuse et d’éthique. Ce sera un cours qui- selon l’objectif établi par le gouvernement- ne fera aucune différence entre les religions et qui visera à faire un certain consensus « éthique » entre les enfants pour le bien « vivre-ensemble » (en se basant sur le consensus social et légal existant).
En ce jour de la nativité de saint Jean, on parle de cet appel qui lui a été lancé dès le sein de sa mère. On dit même que Jean a été éduqué dans la foi de ses parents Élisabeth et Zacharie, comme Jésus le fut par Marie et Joseph. Ils l’ont été selon la foi de leurs parents et de leurs grands-parents, tenant ainsi compte de leur histoire et des valeurs de ces derniers.
Avec ce retrait des droits des parents face à l’éducation de leurs enfants (c’est-à-dire cette capacité de choisir eux-mêmes ce qu’ils croient convenir au bien de leurs enfants), l’état leur retire leur droit naturel. L’école publique (et même privée!) n’est plus au service des parents puisque c’est l’état qui décide de ce qui sera enseigné. Il n’y a pas si longtemps, les parents pouvaient décider au nom de leur unité familiale et de leurs valeurs de choisir entre religion et morale, catholique, protestante ou autre… Maintenant, ce sera une religion du « consensus » social. Comment sera jugé ce consensus ? Selon les valeurs de l’état ! Ainsi, en deuxième année du primaire, les enfants seront appelés à dire si l’enfant dans le sein de sa mère est bel et bien un enfant, selon le consensus politique ! (Le christianisme dit cela mais le mieux « vivre ensemble » dit plutôt cela). En troisième année, on veillera à éduquer à toutes les formes de famille (un papa et une maman, un papa seul, une maman seul, deux papas et pas de maman, deux mamans et pas de papas et, qui sait d’ici peu— plusieurs papas avec plusieurs mamans? L’état décidera selon le « consensus ». On retire donc aux parents le droit d’éduquer leur enfant pour en faire une religion de l’état… Ca rappelle certains systèmes politiques plutôt déplorables !
Le résultat ? La famille sera-t-elle plus unie ? Les parents ayant leur foi et les enfants ayant de plus en plus une religion du consensus, agnostique, subjective, relativiste. Comment accepter alors la Parole de Jésus « Je suis le Chemin, la Vérité et la vie » ? Comment parler de l’Eucharistie, alors que le consensus social pourrait voir en elle un mythe religieux comme bien d’autres (amérindiennes ou autres) ? Et l’aboutissement ? En secondaire 5, les jeunes parleront de Marx, de Nietzche et des autres maîtres du soupçon. Ne serait-ce pas le but de tout ce programme : voir les différentes religions comme des coutumes ou des pratiques supersticieuses, retirer tous les fondements et les réalisations historiques de notre foi. Veut-on en venir à une montée de l’athéisme religieux pour en faire une religion de l’état où aucune base éthique ne sera émise, sauf celle de la popularité menant à l’élection et au plaisir ensemble ?
Oui, Jean Baptiste était un prophète. Les prophètes lisent les signes des temps et dérangent. Comme catholiques québécois ne devons-nous pas réveiller les parents afin qu’ils réalisent les enjeux de cette décision ?
Après avoir retiré l’histoire (les racines historiques de notre peuple), après avoir réduit le nombre d’heures de philosophie (permettant à l’homme et la femme de découvrir les schèmes de pensée, de voir ce qui est réalité objective et subjective), maintenant on retire le droit aux parents d’éduquer leurs enfants dans leur foi et selon leurs valeurs. Que nous soyons catholiques, chrétiens de d’autres dénominations, juifs, musulmans ou autres, ce droit d’éduquer dans la foi des parents est et doit rester un droit naturel. Sinon, on leur coupe le droit de parole; on leur coupe leur voix.
En cette fête de la Saint-Jean-Baptiste, prions donc pour que soit réservé aux parents ce droit essentiel de l’éducation de leurs enfants.
Déclaration universelle des droits de l’homme :
Article 26, par. 3 : “Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants.”
POUR EN SAVOIR PLUS, LIRE AVEC DISCERNEMENT :
- Coalition pour la liberté en éducation (site officiel)
- Assemblée des évêques catholiques du Québec
- Contenu du cours d’éthique et de culture religieuse et critiques
- L’école et la liberté religieuse (Cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec) (format pdf) :
La loi 95, adoptée en juin 2005, a modifié radicalement le statut de la religion à l’école. Dorénavant, le régime d’option entre un cours de religion catholique ou protestante et un cours d’éthique sera remplacé par un cours d’éthique et de culture religieuse partout et à tous les niveaux du primaire et du secondaire, tant à l’école publique qu’à l’école privée. Des centaines de milliers de parents perdent ainsi leur droit de choisir l’enseignement religieux qu’ils désirent transmettre à leurs enfants à l’école. Beaucoup auront difficilement les moyens de se réorganiser autrement en dehors de l’école, à cause des contraintes pratiques de temps, de travail, d’argent et de ressources disponibles.
J’appuie la démarche des parents qui veulent des amendements à la loi 95 qui impose un seul cours d’État pour tous. J’appuie en particulier les écoles privées catholiques qui devront modifier substantiellement leur programme si la loi 95 n’est pas amendée avant son entrée en vigueur en septembre 2008. […] Cette imposition par l’État marque un recul de la liberté religieuse au Québec, selon un grand nombre de personnes, dont les évêques. C’est pourquoi l’Assemblée des évêques du Québec a adopté la résolution suivante lors de sa réunion plénière la semaine dernière : « L’Assemblée des évêques demande qu’au nom de la liberté religieuse, le cours d’éthique et de culture religieuse ne soit pas imposé dans les écoles privées catholiques. »
Je précise que les évêques ne s’opposent pas à l’élaboration de ce cours d’État qui veut maintenir des contenus d’éthique et de culture religieuse à l’école. Ils y sont même favorables en principe. Mais ils contestent que ce cours soit obligatoire pour tous et partout, sans égard pour le droit des parents et pour la liberté religieuse des citoyens et citoyennes. Cette question touche à l’avenir des familles et à la transmission d’une dimension importante de notre patrimoine collectif. Elle est posée aux chefs des différents partis et à leurs candidates et candidats dans le but d’éclairer la population sur un enjeu majeur de l’éducation, celui de la liberté religieuse à l’école. La réponse des futurs élus aidera à trouver, le moment venu, les amendements nécessaires pour satisfaire aux exigences de la démocratie et aux droits prioritaires des parents.
- Cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec.